lundi, 26 mai 2008
LES ARMES SECRETES DE LA CIA
Depuis le début de la guerre froide, la CIA a développé des 'programmes de recherche' utilisant manipulations mentales, tortures et armes chimiques. Dans les années 1950, des cliniques nord-américaines financées par la CIA ont administré à d'innocents dépressifs ou malades mentaux des doses massives de drogues, d'électrochocs et autres traitement inhumains, à seule fin de trouver la clé du 'reconditionnement mental' des ennemis des Etats-Unis, les communistes. Des substances mortelles telles que l'anthrax ont été testées à grande échelle sur l'ennemi pendant la guerre de Corée, mais aussi sur des populations carcérales et des objecteurs de conscience. L'existence de ces mêmes armes, attribuée à Saddam Hussein devait pourtant justifier, des années plus tard, une guerre contre l'Irak. Les récentes tortures et humiliations commises dans les prisons de Guantanamo, d'Abou Ghraïb et en Europe de l'Est n'ont donc rien d'un dérapage ponctuel lié à des circonstances exceptionnelles. Elles sont d'ailleurs codifiées dans le manuel d'assassinat de la CIA reproduit ici pour la première fois.
18:11 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 16 mai 2008
UNE VISITE INOPPORTUNE
Le voyage de la délégation française jeudi aux Comores entend se placer sous le signe de l’apaisement des relations franco-comoriennes. Quelques semaines après la fuite vers la France de Mohamed Bacar, l’ex-président déchu d’Anjouan, l’affaire commence sérieusement à empoisonner les relations bilatérales. Deux jours durant, Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer, accompagné du secrétaire d’Etat de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, discuteront avec le président comorien Ahmed Abdallah Sambi et le président tanzanien à la tête de l’Union Africaine (UA) Jakaya Mrisho Kikwete. Au menu : une coopération renforcée avec les Comores pour lutter contre l’immigration clandestine à Mayotte, île française voisine d’Anjouan. Et surtout, l’affaire Bacar qui domine les discussions. Avec une « mauvaise » nouvelle à présenter à M. Sambi. M. Bacar, réfugié dans les îles françaises de Mayotte puis de la Réunion depuis sa destitution fin mars s’est finalement vu refuser l’asile politique par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). La décision, rendue le 6 mai lui a été notifié mercredi. M. Bacar ne pourra donc plus rester en France. Mais surprise : il ne sera pas renvoyé vers son pays par « mesure de sécurité » malgré la demande d’extradition formulée par les autorités comoriennes. L’OFPRA a estimé que les « risques de persécution » étaient grands pour lui et ses hommes.
Assigné à résidence, M. Bacar ne compte pas en rester là . Il « envisage un recours de cette décision devant la Commission de recours des réfugiés », a déclaré un anonyme proche de l’ex-homme fort d’Anjouan, une des trois îles qui forment l’Union des Comores. Il songerait aussi à trouver refuge dans un autre Etat africain. Maurice et Madagascar sont cités parmi les pays susceptibles de l’accueillir. Mais le pays devrait être choisi avec l’accord de l’Union des Comores et de l’Union africaine.
En colère, les députés comoriens manifestent
La France n’est pas la bienvenue à Moroni, capitale fédérale des Comores. C’est ce qu’ont fait savoir le Parlement et d’anciens ministres comoriens qui jugent leur visite « inopportune » et « provocante ». Une trentaine de députés comoriens, toutes tendances politiques confondues, ont manifesté jeudi à Moroni pour protester contre la venue du « ministre français des Colonies ». Malgré son soutien à l’opération militaire de l’Union Africaine, la France est accusée d’avoir exfiltré M. Bacar vers Mayotte puis la Réunion. Depuis fin mars, de nombreuses manifestations ont éclaté pour réclamer l’extradition de M. Bacar mais aussi le rattachement de Mayotte aux Comores. Contrairement aux autres îles de l’archipel, Mayotte a souhaité resté sous le giron français après l’indépendance des Comores en 1975. Elle fait aujourd’hui face à un flux considérable d’immigrés illégaux majoritairement venus des Comores et que la France souhaite voir diminuer au nom de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy.
Soucieuse de maintenir de bonnes relations avec son ancienne colonie, la France a tout fait pour ménager le pouvoir central sur ces deux sujets. Après la décision de l’OFPRA, elle est aujourd’hui dans une situation délicate
15:43 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 03 mai 2008
LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN
L’impérative résolution du conflit israélo-palestinien est une question qui ne fait plus de doute. Les extrémistes de tous bords en appellent certes à une mise à mal des fondements de l’Etat d’Israël pour les uns, à une négation du droit des Palestiniens à leur propre Etat pour les autres. Mais bien du chemin a été fait depuis les origines de ce conflit, vieilles de plus de soixante ans.
Néanmoins, certaines questions de fond continuent à prévaloir. Et elles entravent l’ouverture d’une nouvelle ère dans les relations israélo-palestiniennes comme israélo-arabes en général. Quelles limites pour un Etat palestinien à venir ? Avec quelle(s) population(s) ? Et à quelle(s) conditions ? Telles sont les principales (et malheureuses) interrogations qui dominent toujours, alors que les réponses sont connues.
Un conflit politique
Le conflit israélo-palestinien est régulièrement parasité par des éléments en appelant à la religion, à l’idéologie, ou encore au(x) procès d’intention. Mais il reste fondamentalement politique. Les arguments principaux déployés par ses protagonistes en sont la meilleure des preuves. Les Palestiniens, et avec eux les Arabes, en appellent à un retrait des Israéliens sur la Ligne verte, un tracé qui prévaut entre Israël et ses voisins depuis l’apaisement du premier conflit israélo-arabe (1948-1949), à l’issue duquel Israël avait augmenté sa superficie territoriale d’un peu plus de 30%. Les Israéliens, de leur côté, considèrent qu’une conquête territoriale acquise en temps de guerre demeure la propriété du vainqueur, qui ne pourra dès lors accepter d’en négocier l’éventuelle cession qu’à ses propres conditions. C’est ce qui explique qu’ils demeurent attachés à leurs gains issus de la guerre de juin 1967.
Mais c’est surtout là que réside la valeur du mot « concession douloureuse » tel que formulé tant par le Premier ministre Ehoud Olmert que par son prédécesseur, Ariel Sharon. Pour les Palestiniens en effet, opérer un nécessaire retour aux frontières de juin 1967 comme préalable à la consolidation d’une paix tombe tout simplement sous le sens. Pour les Israéliens au contraire, se défaire de tout ou partie de ces mêmes territoires reviendrait à renoncer à des étendues leur appartenant pleinement. Et donc à faire des concessions lourdes.
Des solutions juridiques ?
L’ONU, qui avait établi en novembre 1967 la résolution 242 en appelant à un « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit », avait pourtant énoncé la seule solution réellement équitable. Quarante ans plus tard, celle-ci reste d’actualité, et a même été reprise en février 2002 par les membres de la Ligue arabe. Ceux-ci se sont alors engagé à « normaliser leurs relations » avec Israël si celui-ci procédait à un retrait de ces mêmes territoires. Mais leur proposition ne fera pas beaucoup d’émules du côté israélien.
La donne est-elle si compliquée ? Il faut croire que oui. La solution optimale réside en effet dans le schéma qui suit : octroi aux Palestiniens de la bande de Gaza, de la Cisjordanie, mais aussi de Jérusalem-Est ; définition de la condition de réfugiés palestiniens restés apatrides de père en fils depuis 1948, et donc délimitation des critères amenés à clarifier la question de leur « droit au retour » ; retrait, de surcroît, du plateau du Golan et des fermes de Chebaa comme préalable à la conclusion d’une paix avec les voisins syrien et libanais.
Des contraintes de terrain
Les difficultés de terrain sont pourtant de taille. Le délogement par le gouvernement israélien, en 2005, de ses 8000 colons de la bande de Gaza ne s’était ainsi pas fait sans mal ; qu’en serait-il donc s’il venait à envisager le retrait d’une Cisjordanie occupée par quelque trente fois plus de personnes ? De même, la conviction de la classe politique israélienne reste pour beaucoup fonction d’une logique binaire : sa certitude de ce qu’un environnement à majorités arabe et musulmane reste le plus grand risque pour un Etat peuplé d’une majorité de juifs. Dès lors, l’absence de confiance entraîne les soucis de type sécuritaire. Et par extension, la politique du fait accompli l’emporte vite sur toute autre option. Avec pour conséquences, la radicalisation des uns et des autres.
Le mur du déni mutuel se superpose ainsi aux murs physiques de séparation des Israéliens de leur environnement. Et cela augure de tout sauf d’un potentiel rapprochement des positions et des perspectives pour l’avenir.
Un conflit loin d’être insurmontable
Les faits ne sont pourtant pas insurmontables, en dépit de l’illusion d’optique que suggère l’affirmation du fait religieux tant côté israélien que arabe en général. La disposition aux concessions est bien entendu le préalable incontournable pour une paix durable. Mais comment en arriver à une résolution prometteuse du conflit israélo-palestinien et de ses pendants israélo-arabes autrement que par le retour au dispositif juridique onusien ? Les résolutions 242 (retrait israélien des territoires arabes) et 194 (reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens) de l’ONU demeurent les clés de déblocage majeures.
Les variations relatives par rapport à ce schéma restent envisageables bien évidemment. Ainsi, les frontières de 1967 comme la question des réfugiés resteraient susceptibles, dans le cadre d’un accord israélo-palestinien, de connaître des variations ad hoc. Par exemple, l’inclusion de corrections minimes sur les frontières de 1967, ou encore la délimitation quantitative comme géographique des conditions du droit au retour des Palestiniens. De plus, cette option, qui ne supporte que peu – voire pas – d’alternatives, serait le moyen le plus sûr pour couper l’herbe sous le pied des extrémistes de tous bords.
Une négation risquée
Nier par contre ces contours, revient tout simplement à vouloir évacuer perpétuellement toute perspective de normalisation des relations israélo-arabes dans leur ensemble. Le fait que l’on en soit aujourd’hui à plus de soixante ans de conflit israélo-arabe en est tout simplement la meilleure preuve. A la nuance près que, ni Israéliens, ni Palestiniens très précisément, ne peuvent continuer à jouer la montre. Mais la conscience accompagne-t-elle le constat ? On ne peut malheureusement qu’en douter pour l’heure.
16:36 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 02 mai 2008
HILLARY PRESIDENTE?
Ces derniers temps, les rumeurs vont bon train sur les difficultés rencontrées par l’ancienne First-lady dans les primaires démocrates. Avec plus de 150 délégués de retard sur Barack Obama, et alors qu’il ne reste plus qu’une dizaine d’Etats à s’exprimer, ses chances de renverser la tendance se réduisent jour après jour, même si elle est mathématiquement encore en course, à condition de faire des scores exceptionnels dans les derniers scrutins et de convaincre la grande majorité des super délégués encore indécis, ce qui semble improbable. Le moment semble donc venu de s’interroger, au-delà des primaires, sur les chances d’Hillary Clinton d’accéder à la Maison-Blanche. Et force est de constater que les conditions ne lui sont pas favorables, et que sauf événement majeur, elle ne sera pas élue, le 4 novembre prochain, première présidente des Etats-Unis.
Une campagne commencée trop tôt ?
Hillary Clinton a commencé sa campagne bien avant ses adversaires, en publiant ses Mémoires, et en effectuant un travail de séduction important auprès des cadres du parti démocrate sur plusieurs années. Cela lui permit d’imposer sa présence, mais dans le même temps son acte de candidature n’a surpris personne, et de nombreux électeurs ont rapidement vu en elle une candidate naturelle, presque « sortante » et déjà en bout de course. Or, dans une campagne marquée par le thème du changement, cette image lui fait défaut, que ce soit contre Obama ou contre McCain, tous deux perçus comme des challengers.
L’autre problème de cette campagne commencée trop tôt est d’avoir projeté Hillary Clinton au-delà des primaires, comme si celles-ci étaient acquises. Cette tendance s’est retrouvée de manière très nette dans les collectes de fonds de campagne, la sénatrice de New York amassant un beau pactole en vue du duel décisif, mais plus difficilement pour les primaires, terrain sur lequel Obama s’est montré plus compétitif. En se voyant trop rapidement investie par le parti démocrate, Hillary Clinton a laissé ses concurrents occuper le terrain des primaires, et n’est pas parvenue à reprendre l’avantage perdu dès les premières semaines.
Un réservoir d’électeurs épuisé
La côte de sympathie d’Hillary Clinton chez les Démocrates est importante, notamment en raison du prestige dont bénéficie son époux. Sur ce point, elle disposait au début des primaires d’un avantage conséquent sur Barack Obama, alors quasi inconnu. Mais si près de 45% des Démocrates annonçaient il y a déjà un an soutenir l’ancienne First-lady, les autres semblaient tentés par ce qu’on pourrait qualifier d’Anyone But Hillary, choisissant Obama, Edwards ou Richardson, et se reportant les uns sur les autres au fil des désistements, comme pour mieux contrer la marche triomphale des Clinton. Et comme le nombre de ceux qui rejettent Clinton est légèrement plus important que ceux qui la soutiennent, et n’a pas sensiblement évolué au cours des primaires, c’est aujourd’hui ce décalage qui lui est fatal.
Un discours séduisant, mais décalé dans une campagne historique
Le seul moyen pour l’ancienne First-lady d’inverser cette fatalité était de convaincre les indécis. Hillary Clinton a fait une très belle campagne, son programme est solide et répond visiblement aux attentes d’une majorité des Américains. Elle dispose aussi sur ce point d’un avantage sur ses deux adversaires, mais qui dans une campagne très particulière, où l’image prime sur le contenu, s’est avéré être un handicap. En d’autres temps, son succès aurait été assuré, mais pas cette fois. Car le paradoxe d’Hillary Clinton est d’avoir un discours profondément libéral, en comparaison avec Barack Obama, mais d’incarner dans le même temps une image conservatrice. Or, c’est justement l’inverse qui semble payer dans cette campagne, et les succès d’Obama auprès des indécis furent à cet égard décisifs. Et comme la sénatrice de New York rencontre un problème similaire face à John McCain, qui est perçu comme un républicain du centre, et a lui aussi un capital sympathie considérable auprès des indécis, ses chances de vaincre l’un et l’autre sont très minces.
Jeter l’éponge ?
A ce stade, on pourrait se demander pourquoi Hillary Clinton, qui ne peut fermer les yeux sur ses maigres chances de devenir la première présidente des Etats-Unis, reste encore en course. D’une part, pourquoi se retirer maintenant, alors que la situation est compliquée pour elle depuis déjà plusieurs semaines ? Autant attendre le scrutin en Pennsylvanie avant de se prononcer. D’autre part, sa présence à ce stade des primaires génère des débats de fond au sein du parti démocrate, qui s’avèreront utiles en vue de l’élection de novembre, quand il faudra rassembler les forces. Enfin, en restant en course, elle focalise l’attention des médias sur le camp démocrate, tandis que McCain reste à l’écart, et la lutte fratricide qu’elle mène avec Obama pourrait finalement avoir des conséquences positives pour les chances du parti de l’âne face à un candidat républicain qui devra, une fois le nom de son adversaire connu, entrer une nouvelle fois en campagne. Obama l’a compris, et c’est la raison pour laquelle il a récemment invité Hillary Clinton à rester en course.
17:22 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 25 avril 2008
OBAMA
Une question hante les observateurs de la campagne présidentielle américaine: pourquoi le sénateur Barack Obama ne parvient-il pas à s'imposer à chaque scrutin décisif face à sa rivale Hillary Clinton?
Le sénateur de l'Illinois avait la possibilité de terrasser Mme Clinton le 4 mars dans l'Ohio (nord). Il a échoué. Mardi, il pouvait mettre un terme à la course à l'investiture en remportant la Pennsylvanie (est).
Mme Clinton a gagné avec neuf points d'avance.
L'analyse du scrutin dans ces deux Etats montre que M. Obama est extrêmement populaire parmi les jeunes, les Noirs, les diplômés de l'enseignement supérieur et les personnes bénéficiant de bons revenus. Il attire de nouveaux électeurs et notamment des indépendants. Il ne parvient pas en revanche à convaincre les femmes, les personnes âgées et les petits salariés blancs aux maigres revenus.
En Pennsylvanie, 66% des ouvriers blancs ont voté pour Mme Clinton. Dans l'Ohio, 69% d'entre eux avaient choisi la sénatrice. Et cette tendance s'est vérifiée dans quasiment tous les Etats sauf quatre (Illinois, Wisconsin, Utah et Vermont).
Selon le camp Clinton, ils constituent la base de l'électorat démocrate et sans leur appui, la Maison Blanche échappera aux démocrates en novembre.
Les récents propos de M. Obama sur «l'amertume» des classes moyennes des petites villes américaines qui «se raccrochent» à la religion ou aux armes à feu, ont été largement exploités par Mme Clinton et le républicain John McCain. Ils ont dénoncé «l'élitisme» de leur adversaire et cette accusation a eu visiblement un écho chez les plus modestes des électeurs démocrates.
Le facteur racial pourrait aussi jouer un rôle pour expliquer la désaffection d'une partie de l'électorat démocrate envers celui qui pourrait devenir le premier président noir des Etats-Unis.
«Je suis sûr que (le facteur racial) joue un peu et je crois que les personnes âgées ont plutôt tendance à voter pour ce qui leur est familier», affirme David Axelrod, proche conseiller de M. Obama. «Voilà un gars qui s'appelle Barack Obama, un Noir, relativement nouveau. C'est beaucoup de changement» pour les électeurs traditionnnels du parti démocrate, a-t-il ajouté.
Selon des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, 19% des électeurs démocrates de Pennsylvanie ont indiqué que la question raciale avait influencé leur choix.
Le sénateur de l'Illinois s'est retrouvé sur la défensive quand il a été questionné sur ses liens avec le révérend Jeremiah Wright, son pasteur durant 20 ans. Le pasteur est accusé d'avoir tenu des sermons jugés anti-américains, affirmant notamment que les Etats-Unis étaient un pays raciste. M. Obama a dénoncé ces propos mais a refusé de renier son pasteur.
Il est cependant difficile d'évaluer la vraie portée du facteur racial. «La question raciale ne va pas disparaître de la campagne mais je ne crois pas qu'elle va dominer», a affirmé dans un entretien télévisé Doug Wilder, qui fut le premier gouverneur noir des Etats-Unis.
«Pour M. Obama, la question raciale présente deux types de problème. Il y a des électeurs qui ne voteront pas pour lui simplement parce qu'il est Noir et des démocrates qui ne le soutiendront pas (lors des primaires) car ils pensent qu'un Noir ne peut pas gagner l'élection présidentielle», estime Adam Nagourney, chef du service politique du New York Times.
Des médias américains se demandent si M. Obama pourrait souffrir de «l'effet Bradley», du nom du maire noir de Los Angeles, Tom Bradley. En 1982, il était en tête des sondages pour être gouverneur, mais a finalement perdu face à son adversaire blanc, les électeurs se déclarant plus facilement prêts à voter pour un candidat noir lors d'un sondage que dans l'isoloir.
12:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
RESUME DE L'INTERVIEW DU PERSIDENT SARKOZY
Voici les principaux points de son interview par cinq journalistes en direct de l'Elysée:
Le chef de l'Etat a estimé que "le problème de la France c'est qu'on ne travaille pas assez", en critiquant une nouvelle fois les 35 heures Il a mis en avant le dispositif d'exonération sur les heures supplémentaires entré en vigueur au 1er octobre, affirmant que "ça marche" et qu'au dernier trimestre 2007, il y avait eu "28% d'heures supplémentaires en plus". "Un demi-million d'entreprises donnent des heures supplémentaires à 5 millions de salariés, qui en ont profité. Cinq milliards 500 millions d'euros de pouvoir d'achat ont ainsi été distribués aux Français", a-t-il ajouté. "Toute l'idée était que celui qui travaille plus gagne plus. (...) Franchement, les 35 heures ont coûté 20 milliards d'euros pour travailler moins et créer moins de richesse", a poursuivi le chef de l'Etat.
Prix
"Les prix ont davantage augmenté en France" que dans la plupart des autres pays d'Europe, a estimé le chef de l'Etat. Les prix ont augmenté "pas seulement à cause de la hausse des matières premières" mais "parce qu'il n'y a pas assez de concurrence", a ajouté M. Sarkozy. Le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel et la ministre de l'Economie Christine Lagarde "présenteront au mois de juin un texte qui va permettre la négociabilité entre les fournisseurs et les grandes surfaces", a annoncé le président Sarkozy. Les prix à la consommation ont augmenté de 3,2% sur les douze derniers mois, un niveau record depuis août 1991, essentiellement en raison de la hausse de l'énergie et de l'alimentation, selon les derniers chiffres publiés par l'Insee en mars.
Intéressement
Le Premier ministre François Fillon déposera un texte dans les 15 jours sur l'intéressement, a annoncé Nicolas Sarkozy précisant qu'une entreprise qui distribuera une partie de ses bénéfices à ses salariés paiera moins d'impôts sur les bénéfices. "Le Premier ministre déposera dans les 15 jours un texte sur l'intéressement" et ce sera "un projet de société", a affirmé Nicolas Sarkozy, lors de son émission télévisée. "Il y a des entreprises qui font des profits et c'est tant mieux, des profits souvent considérables et c'est tant mieux", a affirmé M. Sarkozy. "Il faut que chaque salarié puisse en profiter", a toutefois indiqué le chef de l'Etat. "Les entreprises de moins de 50 salariés ne sont pas obligées en France de faire la participation ou l'intéressement, désormais une entreprise qui distribuera une partie de ses bénéfices à ses salariés paiera moins d'impôts sur les bénéfices", a-t-il poursuivi. "Il faut qu'un tiers des profits aille aux salariés, un tiers à l'investissement, un tiers aux actionnaires", a ajouté le chef de l'Etat.
RSA
Nicolas Sarkozy a assuré qu'il ne renonçait pas au Revenu de solidarité active (RSA) et affirmé qu'il voulait le généraliser. Le président de la République a ajouté que le RSA se ferait "l'année prochaine", "en en maîtrisant les coûts" et pour "1 ou 1,5 milliard d'euros".
Sur ce point, Nicolas Sarkozy a estimé que la loi dite du "paquet fiscal" avait donné lieu à "une erreur de communication totale".
Chômage
Un salarié au chômage sera à l'avenir "obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage", a explique le chef de l'Etat. "On est en train de faire un système qui serait le suivant : fusionner l'ANPE avec l'Unedic pour que les demandeurs d'emploi n'aient qu'un seul interlocuteur. Au bout de trois mois, on serait obligé d'accepter un emploi qui représente 95% de son salaire, au bout de six mois, on serait obligé d'accepter un emploi à moins d'une heure de transport en commun de l'endroit", a déclaré M. Sarkozy. Il a rappelé avoir "demandé au gouvernement qu'il y ait un processus de sanction pour un chômeur qui refuserait deux offres d'emploi correspondant à ses qualifications et ses aspirations". "Il n'y a pas de société où l'on a des droits sans avoir des devoirs", a exposé le chef de l'Etat. "Il y a 500.000 offres d'emploi pas satisfaites avec 1,9 million de chômeurs, l'immense majorité des chômeurs essayent de trouver un emploi, mais certains ne veulent pas se mettre au travail, c'est une minorité qui choque", a ajouté M. Sakrozy.
Régularisation
Nicolas Sarkozy a réitéré la position gouvernementale sur les travailleurs sans papiers affirmant qu'il n'y aurait "pas de régularisation globale", car cela conduirait "à la catastrophe". "Il n'y aura pas de régularisation globale parce que la régularisation globale conduit à la catastrophe", a déclaré M. Sarkozy lors de son interview télévisée. "Ca conduit à un appel d'air qui profite aux trafiquants, on fait la politique des trafiquants", a-t-il ajouté. "On ne devient pas français parce qu'on travaille dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il", a poursuivi le président en suggérant aux patrons en manque de main d'oeuvre d'embaucher parmi les immigrés sans emploi en situation régulière. "Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés réguliers", a-t-il souligné.
Vote des étrangers
Le président s'est dit favorable "à titre intellectuel" au vote des étrangers non européens aux élections locales "sur la base de la réciprocité", mais n'avoir "pas de majorité pour faire passer" cette mesure.
Le déficit public sera "réduit" à l'horizon 2012, grâce au non remplacement d'un départ à la retraite d'un fonctionnaire sur deux, estime le locataire de l'Elysée. Interrogé pour savoir si l'objectif de "zéro déficit en 2012" tenait toujours, M. Sarkozy a répondu: "oui". Il a indiqué un peu plus tard: "le déficit sera réduit à horizon de 2012 comme je m'y suis engagé". "Nous n'avons pas remplacé 23.200 fonctionnaires cette année, ça m'a été assez reproché", a souligné le chef de l'Etat. "L'Etat français a embauché 300.000 fonctionnaires de plus depuis 1982 alors qu'il a y eu la décentralisation et les progrès de l'informatique", a-t-il ajouté. "Si nous ne remplaçons qu'un fonctionnaire sur deux on reviendra au niveau de la fonction publique en 1992", or "la France n'était pas sous-administrée", a poursuivi M. Sarkozy. Il a rappelé que l'an prochain, l'Etat ne remplacerait pas un départ à la retraite d'un fonctionnaire sur deux: "c'est bien pour réduire le déficit", a-t-il affirmé. Le déficit public de la France pour 2009 a été récemment revu à la hausse à 2,0% du PIB, contre 1,7% prévu initialement. Pour 2007, la France table sur un déficit à 2,7% du PIB et pour 2008, à 2,5%. Elle compte éliminer son déficit d'ici 2012.
Retraites
Nicolas Sarkozy a déclaré que les retraites seraient financées en "travaillant et en cotisant plus longtemps", rappelant que la loi prévoyait un passage à 41 ans de cotisations.
Enseignants
Interrogé sur le mouvement lycéen lié aux suppressions de postes d'enseignants, Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il "mainten(ait) les réformes qui permettront les réductions" d'effectifs. "Je maintiens les réformes qui permettront les réductions de postes", a déclaré M. Sarkozy sans toutefois commenter les chiffres avancés. "Vous me dites que les enseignants sont malheureux, vous avez raison. La politique qui a consisté à l'embauche systématique sans bien rémunérer ne les a pas rendus heureux", a ajouté le président. "Il ne faut pas que je poursuive une stratégie qui conduit à un double échec, pour les enseignants et pour les élèves (...) S'il suffisait d'embaucher des enseignants pour avoir la meilleure éducation nationale, ça se saurait", a-t-il encore dit. Les 8.830 suppressions de postes prévues dans les collèges et lycées publics à la rentrée prochaine ont déclenché depuis plusieurs semaines des manifestations lycéennes particulièrement suivies par les élèves de banlieue parisienne.
"Sur les 25 dernières années, il y a eu 18 manifestations lycéennes qui ont en général conduit à ce que tous les ministres de l'Education successifs, avec un grand courage, ont dit +eh bien puisque les lycéens sont dans la rue, on renonce+, ils ne devaient pas avoir beaucoup de conviction", a affirmé Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy a assuré qu'il ne "trahira ni l'esprit ni la lettre du Grenelle" de l'environnement dont les recommandations font l'objet d'un projet de loi qui doit être présenté dans les prochains jours. "Je ne trahirai ni l'esprit, ni la lettre du Grenelle de l'environnement : la question de la sécurité sanitaire des Français, c'est de la responsabilité d'un chef de l'Etat", a souligné le président qui était interrogé sur des chaînes de télévision à propos des OGM. Il a justifié la décision qu'il avait prise de suspendre la culture du maïs MON810, seule culture génétiquement modifiée qui était pratiquée en France, car il "n'avait pas les éléments qui (lui) permettaient de l'autoriser". "Je suis favorable à la recherche sur les OGM, dont on a besoin. Mais je dis que s'agissant de la culture OGM en plein champ, mon devoir est de prendre des précautions", a ajouté M. Sarkozy.
Chine
Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il avait été "choqué par ce qui s'est passé au Tibet" et qu'il l'avait "dit au président chinois".
Turquie
Le chef de l'Etat a réaffirmé son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, indiquant qu'il "ferait un référendum" si "la question se posait".
Afghanistan
Le locataire de l'Elysée a affirmé que si la France "laisse tomber l'Afghanistan, le Pakistan tombera comme un chateau de cartes".
"Nous sommes en Afghanistan aux côtés des Afghans" et "à côté de l'Afghanistan il y a le Pakistan, il y a la bombe atomique", a souligné le chef de l'Etat lors de son interview télévisée. "Si on laisse tomber l'Afghanistan, le Pakistan tombera comme un château de cartes", a-t-il estimé. Le président a affirmé que la France n'était pas engagée dans une guerre en Afghanistan: "ce n'est pas une guerre, puisque l'immense majorité des Afghans ont besoin de la coalition qui se trouve sur place". "Si j'ai décidé d'envoyer 700 hommes supplémentaires, c'est parce qu'il faut que nous réussissions" et "que l'armée afghane prenne le relais" et que "nous puissions coordonner l'aide civile et économique", a-t-il argué.
Le président a estimé que notre capitalisme "marche sur la tête" et fustigé notamment les agences de notation qui doivent être "sanctionnées". "Je crois au capitalisme, à l'économie de marché", a souligné Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée. "Mais je pense que notre capitalisme marche sur la tête, que le capitalisme financier a besoin d'être moralisé", a-t-il poursuivi. Nicolas Sarkozy a notamment fustigé "ces fameuses agences de notation", se disant choqué que l'une d'elles ait "noté vendredi avec la meilleure note un produit d'épargne", et le lundi, après la crise des "subprime", ait "dégradé" la note de ce même produit. "Ces agences de notation doivent être sanctionnées, elles n'ont pas fait leur travail", a estimé M. Sarkozy, ajoutant qu'il fallait poser "des règles de transparence internationales". La spéculation actuelle sur les matières premières est "invraisemblable", a aussi estimé le chef de l'Etat. Il a par ailleurs jugé que ce qui est arrivé à la Société générale est "proprement stupéfiant". "Qu'un seul homme puisse être responsable d'un tel désastre (...) c'est préoccupant", a-t-il estimé. Interrogé pour savoir si son PDG Daniel Bouton aurait dû démissionner, il a indiqué: "quand on a des salaires de ce niveau, que peut penser le salarié qui n'a pas le même salaire ?" "Je suis pour que le patron soit responsable", a ajouté Nicolas Sarkozy.
Couacs ministériels
Nicolas Sarkozy a jugé qu'il avait "sans doute fait une erreur" en ne sanctionnant pas les "couacs" de ses ministres, assurant que cela "ne se reproduira pas".
11:56 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 22 avril 2008
NEGRITUDE
" Ma Négritude "
Ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre [...]
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'oeil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l'accablement opaque de sa droite patience.
Eïa pour le Kaïlcédrat royal !
Eïa pour ceux qui n'ont jamais rien inventé
pour ceux qui n'ont jamais rien exploré
pour ceux qui n'ont jamais rien dompté
mais ils s'abandonnent, saisis, Ã l'essence de toute chose
ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose
insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde
véritablement les fils aînés du monde
poreux à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain de toutes les eaux du monde
étincelle du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !
Tiède petit matin de vertus ancestrales
Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le coeur mâle du soleil
ceux qui savent la féminité de la lune au corps d'huile
l'exaltation réconciliée de l'antilope et de l'étoile
ceux dont la survie chemine en la germination de l'herbe !
Eïa parfait cercle du monde et close concordance !
Écoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
Écoute ses victoires proditoires trompéter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !
Aimé CÉSAIRE, Cahier d'un retour au pays natal, 1947
16:15 Publié dans bloc-notes poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 21 avril 2008
DISCOURS CONTRE LE COLONIALISME
Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.
Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.
L’Europe est indéfendable.
Il paraît que c’est la constatation que se confient tous bas les stratèges américains.
En soi cela n’est pas grave.
Le grave est que « l’Europe » est moralement, spirituellement indéfendable.
Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent , mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges.
On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.
Donc que leurs maîtres sont faibles.
Et puisqu’aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres.
Colonisation et civilisation ?
La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte.
Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce qu’en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.
Poursuivant mon analyse, je trouve que l’hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc, ne protestent d’être les fourriers d’un ordre supérieur ; qu’ils tuent ; qu’ils pillent ; qu’ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus tards ; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.
Cela réglé, j’admets que les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime , à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.
Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’établir contact, était-elle la meilleure ?
Je réponds non.
Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine.
Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là , on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’oeil là -dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là , il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là , on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il est sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.
Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.
Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.
[…]
J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.
Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !
Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie :
« Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. »
Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :
« Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. «
Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare :
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. »
Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres :
« Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths. »
Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du commandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre :
« Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant... A la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant. »
Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ? [1] Et si ces faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?
Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées. ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler.
15:53 Publié dans le bloc-notes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 20 avril 2008
EVENEMENTS
Mais si d'aventure, Césaire finit par entrer au Panthéon, il y pénétrera après avoir fait un grand détour par son univers nègre. Il y fera entrer plus que Alexandre Dumas l'a fait, sa négritude. La patrie récompensera en lui, non pas la soumission et la collaboration mais plutôt l'insoumission et la rébellion. Tout au long de sa vie, Césaire a pris des risques. Il a secoué le cocotier occidental. Et s'il a survécu et finit par faire l'unanimité autour de sa grandeur d'âme, c'est surtout grâce à la profondeur de sa conviction, à la grandeur de son humanisme et à la prophétie de son propos. Car en fait, Césaire était avant tout un visionnaire.
Le mérite de Césaire le visionnaire, c'est d'avoir diagnostiqué le germe de la destruction de la civilisation occidentale alors même que celle-ci était au sommet de sa puissance. En 1955, s'élevant contre la colonisation et ses destructions, il écrit en ouverture de son ouvrage fondateur "Discours sur le colonialisme" publié chez Présence Africaine : "Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite européenne, la civilisation occidentale, telle que l'ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial; que, déféré à la barre de la raison comme à la barre de la conscience, cette Europe là est impuissante à se justifier; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d'autant plus odieuse qu'elle a de moins en moins chance de tromper". Ces propos sont d'une telle fraîcheur qu'on croirait qu'ils ont été rédigés au petit matin de ce jour. Et pourtant ils sont vieux de 53 ans.
Un visionnaire humaniste :
Nègre et chantre de la négritude, Césaire aurait pu se réjouir de ce déclin. Ce d'autant plus que le nègre, esclavagisé et colonisé avait des choses à reprocher à l'empire occidental. Non, humaniste, il n'a pas voulu s'installer dans cette posture revancharde. Il a voulu tirer la sonnette d'alarme en disant : "attention, vous êtes en train de foncer dans un mur. Et si vous ne ressaisissez pas, votre attitude vous perdra". Il l'a fait parce qu'il établit clairement une différence entre le peuple souvent embrigadé, désinformé et manipulé par la propagande d'Etat et les dirigeants souvent mus par des intérêts égoïstes. Par exemple, pour envahir l'Irak dans le seul but de s'assurer les revenus pétroliers, les néo-conservateurs américains réunis autour de Georges Bush n'ont pas hésité à user d'un gros mensonge à savoir que l'Irak de Saddam Hussein détenait les armes de destruction massive. Et pour mieux dissimuler la manipulation, ils ont parlé d'une volonté de semer la graine de la démocratie dans ce pays disaient-ils miné par la dictature de Saddam Hussein. Ce à quoi Jacques Chirac avait répondu en disant "qu'on n'exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé".
Dans ce jeu de mensonge, les dirigeants occidentaux, qui se gargarisaient d'être à la tête d'un empire, avaient toutefois oublié de dire à leur peuple que le destin d'un empire c'est de décliner à un moment donné et de laisser la place à d'autres empires émergents. L'histoire et surtout le cimetière de l'histoire porte les noms des empires qui, à un moment donné, ont dominé le monde et dont les deux plus récents sont : l'empire Romain et l'empire Hottoman. Ils ont oublié de dire à leur peuple qu'ils n'étaient plus le centre de l'empire mondial. Ce faisant on ne les avait pas préparé à la venue d'un autre géant mondial puisque la propagande était chargée de leur dire qu'ils sont les plus forts et le resteront éternellement.
Ni Césaire en 1955, ni nous même aujourd'hui, personne ne se réjouit du déclin de l'empire occidental. Ceci parce que, d'un point de vue purement humaniste, sa disparition n'apporte rien de substantiel au reste de l'humanité au contraire; le fonctionnement du monde n'étant pas absolument un jeu de sommes nulles. Si nous sommes obligés de dénoncer, c'est parce qu'un petit groupe de privilégiés, semblable à l'aristocratie des siècles passés, est en train d'embrigader tout un peuple; c'est parce que le prolétariat urbain est en train de s'installer en Occident; c'est parce que sous le couvert de la démocratie, les formes les plus pernicieuses de la dictature et du totalitarisme sont en train de prendre corps dans des pays occidentaux. Et les populations sont d'autant plus vulnérables qu'elles croient être immunisés contre.
Aujourd'hui, surpris par l'irruption de la Chine sur la scène mondiale, les dirigeants occidentaux, pour la contrer, recourent une fois de plus aux vieilles recettes faites de désinformation, instrumentalisation et manipulation. Et çà , Aimé Césaire le percevait déjà 53 ans plus tôt lorsqu'il déclarait : " cette Europe là est impuissante à se justifier; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d'autant plus odieuse qu'elle a de moins en moins chance de tromper". Après l'instrumentalisation ridicule du Darfour où on donne l'impression de vouloir défendre le petit peuple Africain alors même qu'on se moque bien de son sort, l'occident se saisit du Tibet sous le couvert de la violation des droits de l'homme par la Chine en attendant demain de continuer la provocation par Taïwan. Mais tout cela est enrobé dans un mensonge qui parfois révolte.
A Londres, à Paris ou à San Fransisco, la propagande a lancé des hommes et des femmes parfois de bonne foi dans les rues pour, disent-ils défendre le peuple tibétains en brandissant la menace du boycott des jeux olympique alors même que le Dalaï Lama, le premier des Tibétains désapprouve une telle démarche. Plus tibétain que le Dalaï Lama! Le problème c'est que les dirigeants occidentaux, dans une démarche européocentriste, pensent que leur modèle civilisationnel – la démocratie et l'économie de marché - est le meilleur qu'il faille imposer à tous les peuples de la planète et qu'en dehors il n'y a que déperdition. A ce niveau, il n'y a même pas de problème puisque chaque commerçant sur la place du marché, est libre de faire la promotion des produits présents sur son étal. Seulement, ils oublient de dire à leurs peuples qu'ils les embarquent dans une bataille géopolitique et géostratégique visant à discréditer la Chine et tenter de la contenir afin de rester les maîtres du monde. Et pour le faire, il faut trouver un ventre mou à l'empire du milieu. Et ce ventre mou, ils l'ont trouvé au Tibet.
Il y a quand même des curiosités curieuses dans la démarche de l'Occident par rapport au Tibet. Malgré la sympathie que l'on peut éprouver pour le Dalaï Lama qui symbolise la non violence, il ne faut pas perdre de vue que le système qu'il revendique pour le Tibet est à la fois archaïque et rétrograde parce que marqué par une absence de scolarisation et un intégrisme religieux. Il est donc curieux que ce soit dans l'Europe des lumières et dans les franges les plus éclairées de sa population qu'on retrouve les défenseurs d'un retour à un tel système. Lorsqu'on mesure une telle incohérence, on se dit que le Tibet n'est qu'un prétexte et que le problème est ailleurs. En fait, jusqu'à une date récente, les stratèges occidentaux savaient qu'ils ont verrouillé les chemins de la croissance et du développement à tel point qu'aucune autre puissance ne puisse émerger. Ou bien, si elle devait le faire, ce serait dans le strict canevas tracé par l'Occident. Un peu comme le Japon ou encore ce qu'on avait appelé les dragons d'Asie du Sud Est. En réalité des sortes de bulles que l'Occident pouvait faire pousser grâce aux fonds spéculatifs et qu'il pouvait aussi faire exploser à sa guise, question de démontrer sa puissance. Or, la Chine a évolué complètement en dehors de ce canevas. Et si elle a pu le faire, c'est parce qu'elle est allée aux tréfonds d'elle-même pour rechercher le substrat culturel qui aujourd'hui lui offre le différentiel gagnant sur l'Occident. C'est exactement ce que je recommande toujours à l'Afrique.

La Chine qui est consciente du fait que son système est à parfaire, est devenue un géant qu'on ne peut plus effrayer par quelques manifestations de rue à des milliers de kilomètres. Il se trouve que les "petites mains de la grande usine du monde" comme on disait en occident des ouvriers chinois, ont réussi à bâtir un empire économique qui a envie de se faire respecter. Aujourd'hui, la Chine possède 1 650 milliards de dollars de devises. Elle détient par exemple "21% de la totalité des titres émis par les autorités américaines". Pour rester simplement dans ses relations avec les Etats-Unis qui est la tête de pont de l'occident, il rappeler que le pays de George Bush "finance sa gigantesque dette publique grâce aux achats chinois de bons de Trésor américain. Une créance qui s'élevait début 2008 à 492 milliards de dollars". Et un expert de Natixis de prédire que "Pékin a les moyens de faire dégringoler encore un peu plus le billet vert". A ceux qui, en Occident, réclament le boycott des jeux olympiques et même des brouilles diplomatiques avec la Chine, Jean Pierre Petit, chef économiste à Exane BNP Paribas brandit cet avertissement : "L'Occident n'a jamais été aussi dépendant de la manne financière de la Chine du fait de l'énormité de nos déficits, de l'endettement des ménages, de la crise immobilière… Nous avons besoin de leur argent", tranche t-il.
Le parcours de la flamme olympique et les incidents qui l'émaillent montrent bien les lignes de fracture du monde. Elle montre de façon grossière bien sûr qu'il y a d'un coté l'Occident qui continue à se comporter en donneur de leçon alors que les moyens pour le faire n'existe plus et de l'autre les pays émergents au rang desquels la Chine qui veulent prendre le pouvoir. C'est dire si demain les batailles seront rudes. Et déjà la Chine prend de l'avance comme le note Olivier Guillard : "Sur les 192 Etats membres de l'ONU, la Chine peut compter sur près d'un quart des membres au cas où elle voudrait soumettre une résolution ou s'opposer à une autre".
19:37 Publié dans bloc-notes politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'ADIEU
Des dizaines de milliers de Martiniquais ont dit adieu vendredi dans une ambiance chaleureuse au poète Aimé Césaire, dont la dépouille mortelle a été acheminée à travers Fort-de-France jusqu'au stade de Dillon où doivent avoir lieu dimanche ses obsèques nationales.
Parti en milieu d'après-midi de la maison familiale des Césaire, le cortège était attendu dans la soirée à Dillon, dans le sud de la ville dont Aimé Césaire, décédé jeudi à 94 ans, a été le maire pendant 56 ans. Le transfert, qui devait initialement durer trois heures, s'est prolongé jusqu'à la tombée de la nuit, en raison de la densité de la foule massée le long du parcours.
Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète.
Des inscriptions «Merci Papa Aimé» ou «Merci Césaire», avaient été tracées à la peinture sur les trottoirs et des portraits du poète collés aux murs.
Dès le départ du cortège, une foule ininterrompue s'est massée le long des rues et des avenues, pour saluer celui qui fut la personnalité symbolique et le principal représentant politique de l'île pendant plus d'un demi-siècle.
Accompagné de nombreux militants du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) vêtus de blanc, le cortège a traversé plusieurs quartiers populaires, comme Trénelle ou Texaco, qu'il avait contribué à créer et à assainir.
Des arrêts plus politiques avaient également été programmés, au siège du PPM, qu'il a crée en 1958, où devant l'ancien Hôtel de Ville, où Aimé Césaire avait toujours son bureau.
Les grands axes de l'itinéraire avaient en effet été choisis pour leur relation avec son oeuvre et son combat pour l'émancipation des peuples et la justice, l'Avenue Jean Jaurès, la Rue Emile Zola ou l'Avenue Nelson Mandela.
A l'étape de l'Hôtel de Ville, l'ex-candidate PS à l'Elysée, Ségolène Royal, arrivée en fin d'après-midi, s'est entretenu avec le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, et Pierre Aliker, l'un des plus proches compagnons de Césaire, aujourd'hui âgé de 101 ans.
Ailleurs, des billets épinglés aux arbres témoignaient de l'émotion des Martiniquais : «Merci d'avoir contribué à l'émancipation du peuple noir», «Papa Aimé, tu voyageras toujours avec nous».
Après une veillée familiale jeudi soir, une veille à laquelle la population est conviée devait durer de vendredi soir à dimanche matin au stade de Dillon, avant les obsèques nationales, dimanche après-midi, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy et de nombreuses personnalités.
Un hommage de la Nation extrêmement rare pour un écrivain, qui n'a été rendu depuis le XIXè siècle qu'à Victor Hugo, Paul Valéry (1945) et Colette (1954).
«La volonté du président de la République est que le format et le style de l'hommage répondent aux souhaits de la famille, avec la conscience qu'Aimé Césaire aurait voulu quelque chose d'extrêmement simple», a indiqué vendredi à l'AFP le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, arrivé jeudi en Martinique.
Interrogé sur le souhait évoqué par plusieurs responsables politiques d'un transfert de la dépouille du poète au Panthéon, il a estimé que l'idée ne correspondait «pas du tout aux souhaits de la famille et des Martiniquais».
Une importante délégation du Parti Socialiste conduite par François Hollande était notamment attendue à Fort-de-France, avec les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Lionel Jospin.
19:05 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
LA LETTRE D'Aimé CESAIRE à Maurice THOREZ
Aimé Césaire, Député de la Martinique,
à Maurice Thorez, Secrétaire Général du Parti Communiste Français.
Maurice Thorez,
Il me serait facile d’articuler tant à l’égard du Parti Communiste Français qu’à l’égard du Communisme International tel qu’il est patronné par l’Union Soviétique, une longue liste de griefs ou de désaccords.
La moisson a été particulièrement riche ces derniers temps et les révélations de Khrouchtchev sur Staline sont telles qu’elles ont plongé, ou du moins, je l’espère, tous ceux qui ont, à quelque degré que ce soit, participé à l’action communiste dans un abîme de stupeur, de douleur et de honte.
Oui, ces morts, ces torturés, ces suppliciés, ni les réhabilitations posthumes, ni les funérailles nationales, ni les discours officiels ne prévaudront contre eux. Ils ne sont pas de ceux dont on conjure le spectre par quelque phrase mécanique.
Désormais leur visage apparaît en filigrane dans la pâte même du système, comme l’obsession de notre échec et de notre humiliation.
Et bien entendu, ce n’est pas l’attitude du Parti Communiste Français, telle qu’elle a été définie en son XIVe Congrès, attitude qui semble avant tout avoir été dictée par le dérisoire souci des dirigeants de ne pas perdre la face, qui aura permis de dissiper le malaise et obtenu que cesse de s’ulcérer et de saigner au plus vif de nos consciences une blessure.
Les faits sont là , massifs.
Je cite pêle-mêle : les précisions données par Khrouchtchev sur les méthodes de Staline ; la vraie nature des rapports entre le pouvoir de l’Etat et la classe ouvrière dans trop de démocraties populaires, rapports qui nous font croire à l’existence dans ces pays d’un véritable capitalisme d’Etat exploitant la classe ouvrière de manière pas très différente de la manière dont on en use avec la classe ouvrière dans les pays capitalistes ; la conception généralement admise dans les partis communistes de type stalinien des relations entre états et partis frères, témoin le tombereau d’injures déversées pendant cinq ans sur la Yougoslavie coupable d’avoir affirmé sa volonté d’indépendance ; le manque de signes positifs indiquant la volonté du Parti Communiste Russe et de l’Etat soviétique d’accorder leur indépendance aux autres partis communistes et aux autres états socialistes ; ou alors le manque de hâte des partis non russes et singulièrement du Parti Communiste Français à s’emparer de cette offre et à affirmer leur indépendance à l’égard de la Russie ; tout cela nous autorise à dire que – exception faite pour la Yougoslavie – dans de nombreux pays d’Europe, et au nom du Socialisme, des bureaucraties coupées du peuple, des bureaucraties usurpatrices et dont il est maintenant prouvé qu’il n’y a rien à attendre, ont réussi la piteuse merveille de transformer en cauchemar ce que l’humanité a pendant longtemps caressé comme un rêve : le Socialisme.
Quant au Parti Communiste Français, on n’a pas pu ne pas être frappé par sa répugnance à s’engager dans les voies de la déstalinisation ; sa mauvaise volonté à condamner Staline et les méthodes qui l’ont conduit au crime ; son inaltérable satisfaction de soi ; son refus de renoncer pour sa part et en ce qui le concerne aux méthodes antidémocratiques chères à Staline ; bref par tout cela qui nous autorise à parler d’un stalinisme français qui a la vie plus dure que Staline lui,même et qui, on peut le conjecturer, aurait produit en France les mêmes catastrophiques effets qu’en Russie, si le hasard avait permis qu’en France il s’installât au pouvoir.
Ici comment taire notre déception ?
Il est très vrai de dire qu’au lendemain du rapport Khrouchtchev nous avons tressailli d’espérance.
On attendait du Parti Communiste Français une autocritique probe ; une désolidarisation d’avec le crime qui le disculpât ; pas un reniement, mais un nouveau et solennel départ ; quelque chose comme le Parti Communiste fondé une seconde fois... Au lieu qu’au Havre, nous n’avons vu qu’entêtement dans l’erreur ; persévérance dans le mensonge ; absurde prétention de ne s’être jamais trompé ; bref chez des pontifes plus que jamais pontifiant, une incapacité sénile à se déprendre de soi même pour se hausser au niveau de l’événement et toutes les ruses puériles d’un orgueil sacerdotal aux abois.
Quoi ! Tous les partis communistes bougent. Italie. Pologne. Hongrie. Chine. Et le parti français, au milieu du tourbillon général, se contemple lui, même et se dit satisfait. Jamais je n’ai eu autant conscience d’un tel retard historique affligeant un grand peuple...
Mais, quelque grave que soit ce grief – et à lui seul très suffisant car faillite d’un idéal et illustration pathétique de l’échec de toute une génération – je veux ajouter un certain nombre de considérations se rapportant à ma qualité d’homme de couleur.
Disons d’un mot : qu’à la lumière des événements (et réflexion faite sur les pratiques honteuses de l’antisémitisme qui ont eu cours et continuent encore semble-t-il à avoir cours dans des pays qui se réclament du socialisme), j’ai acquis la conviction que nos voies et celles du communisme tel qu’il est mis en pratique, ne se confondent pas purement et simplement ; qu’elles ne peuvent pas se confondre purement et simplement.
Un fait à mes yeux capital est celui-ci : que nous, hommes de couleur, en ce moment précis de l’évolution historique, avons, dans notre conscience, pris possession de tout le champ de notre singularité et que nous sommes prêts à assumer sur tous les plans et dans tous les domaines les responsabilités qui découlent de cette prise de conscience.
Singularité de notre « situation dans le monde » qui ne se confond avec nulle autre.
Singularité de nos problèmes qui ne se ramènent à nul autre problème.
Singularité de notre histoire coupée de terribles avatars qui n’appartiennent qu’à elle.
Singularité de notre culture que nous voulons vivre de manière de plus en plus réelle.
Qu’en résulte-t-il, sinon que nos voies vers l’avenir, je dis toutes nos voies, la voie politique comme la voie culturelle, ne sont pas toutes faites ; qu’elles sont à découvrir, et que les soins de cette découverte ne regardent que nous ? C’est assez dire que nous sommes convaincus que nos questions, ou si l’on veut la question coloniale, ne peut pas être traitée comme une partie d’un ensemble plus important, une partie sur laquelle d’autres pourront transiger ou passer tel compromis qu’il leur semblera juste de passer eu égard à une situation générale qu’ils auront seuls à apprécier.
Ici il est clair que je fais allusion au vote du Parti Communiste Français sur l’Algérie, vote par lequel le parti accordait au gouvernement Guy Mollet Lacoste les pleins pouvoirs pour sa politique en Afrique du Nord – éventualité dont nous n’avons aucune garantie qu’elle ne puisse se renouveler. En tout cas, il est constant que notre lutte, la lutte des peuples coloniaux contre le colonialisme, la lutte des peuples de couleur contre le racisme est beaucoup plus complexe – que dis-je, d’une tout autre nature que la lutte de l’ouvrier français contre le capitalisme français et ne saurait en aucune manière, être considérée comme une partie, un fragment de cette lutte.
Je me suis souvent posé la question de savoir si dans des sociétés comme les nôtres, rurales comme elles sont, les sociétés de paysannerie, où la classe ouvrière est infime et où par contre, les classes moyennes ont une importance politique sans rapport avec leur importance numérique réelle, les conditions politiques et sociales permettaient dans le contexte actuel, une action efficace d’organisations communistes agissant isolément (à plus forte raison d’organisations communistes fédérées ou inféodées au parti communiste de la métropole) et si, au lieu de rejeter à priori et au nom d’une idéologie exclusive, des hommes pourtant honnêtes et foncièrement anticolonialistes, il n’y avait pas plutôt lieu de rechercher une forme d’organisation aussi large et souple que possible, une forme d’organisation susceptible de donner élan au plus grand nombre, plutôt qu’à caporaliser un petit nombre. Une forme d’organisation où les marxistes seraient non pas noyés, mais où ils joueraient leur rôle de levain, d’inspirateur, d’orienteur et non celui qu’à présent ils jouent objectivement, de diviseurs des forces populaires.
L’impasse où nous sommes aujourd’hui aux Antilles, malgré nos succès électoraux, me paraît trancher la question : j’opte pour le plus large contre le plus étroit ; pour le mouvement qui nous met au coude à coude avec les autres et contre celui qui nous laisse entre nous ; pour celui qui rassemble les énergies contre celui qui les divise en chapelles, en sectes, en églises ; pour celui qui libère l’énergie créatrice des masses contre celui qui la canalise et finalement la stérilise.
En Europe, l’unité des forces de gauche est à l’ordre du jour ; les morceaux disjoints du mouvement progressiste tendent à se ressouder, et nul doute que ce mouvement d’unité deviendrait irrésistible si du côté des partis communistes staliniens, on se décidait à jeter par dessus bord tout l’impedimenta des préjugés, des habitudes et des méthodes hérités de Staline.
Nul doute que dans ce cas, toute raison, mieux, tout prétexte de bouder l’unité serait enlevé à ceux qui dans les autres partis de gauche ne veulent pas de l’unité, et que de ce fait les adversaires de l’unité se trouveraient isolés et réduits à l’impuissance.
Et alors, comment dans notre pays, où le plus souvent, la division est artificielle, venue du dehors, branchée qu’elle est sur les divisions européennes abusivement transplantées dans nos politiques locales, comment ne serions-nous pas décidés à sacrifier tout, je dis tout le secondaire, pour retrouver l’essentiel ; cette unité avec des frères, avec des camarades qui est le rempart de notre force et le gage de notre confiance en l’avenir.
D’ailleurs, ici, c’est la vie elle-même qui tranche. Voyez donc le grand souffle d’unité qui passe sur tous les pays noirs ! Voyez comme, çà et là , se remaille le tissu rompu ! C’est que l’expérience, une expérience durement acquise, nous a enseigné qu’il n’y a à notre disposition qu’une arme, une seule efficace, une seule non ébréchée : l’arme de l’unité, l’arme du rassemblement anticolonialiste de toutes les volontés, et que le temps de notre dispersion au gré du clivage des partis métropolitains est aussi le temps de notre faiblesse et de nos défaites.
Pour ma part, je crois que les peuples noirs sont riches d’énergie, de passion qu’il ne leur manque ni vigueur, ni imagination mais que ces forces ne peuvent que s’étioler dans des organisations qui ne leur sont pas propres, faites pour eux, faites par eux et adaptées à des fins qu’eux seuls peuvent déterminer.
Paternalisme et fraternalisme [1]
Ce n’est pas volonté de se battre seul et dédain de toute alliance. C’est volonté de ne pas confondre alliance et subordination. Solidarité et démission. Or c’est là très exactement de quoi nous menacent quelques uns des défauts très apparents que nous constatons chez les membres du Parti Communiste Français : leur assimilationisme invétéré ; leur chauvinisme inconscient ; leur conviction passablement primaire – qu’ils partagent avec les bourgeois européens – de la supériorité omnilatérale de l’Occident ; leur croyance que l’évolution telle qu’elle s’est opérée en Europe est la seule possible ; la seule désirable ; qu’elle est celle par laquelle le monde entier devra passer ; pour tout dire, leur croyance rarement avouée, mais réelle, à la civilisation avec un grand C ; au progrès avec un grand P (témoin leur hostilité à ce qu’ils appellent avec dédain le « relativisme culturel », tous défauts qui bien entendu culminent dans la gent littéraire qui à propos de tout et de rien dogmatise au nom du parti).
Il faut dire en passant que les communistes français ont été à bonne école. Celle de Staline. Et Staline est bel et bien celui qui a ré introduit dans la pensée socialiste, la notion de peuples « avancés » et de peuples « attardés ». Et s’il parle du devoir du peuple avancé (en l’espèce les Grands Russes) d’aider les peuples arriérés à rattraper leur retard, je ne sache pas que le paternalisme colonialiste proclame une autre prétention.
Dans le cas de Staline et de ses sectateurs, ce n’est peut-être pas de paternalisme qu’il s’agit. Mais c’est à coup sûr de quelque chose qui lui ressemble à s’y méprendre.
Inventons le mot : c’est du « fraternalisme ».
Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès.
Or c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus.
Nous voulons que nos sociétés s’élèvent à un degré supérieur de développement, mais d’ elles-mêmes, par croissance interne, par nécessité intérieure, par progrès organique, sans que rien d’extérieur vienne gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre.
Dans ces conditions on comprend que nous ne puissions donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous ; que nous ne puissions désormais accepter que qui que ce soit, fût-ce le meilleur de nos amis, se porte fort pour nous. Si le but de toute politique progressiste est de rendre un jour leur liberté aux peuples colonisés, au moins faut-il que l’action quotidienne des partis progressistes n’entre pas en contradiction avec la fin recherchée et ne détruise pas tous les jours les bases mêmes, les bases organisationnelles comme les bases psychologiques de cette future liberté, lesquelles se ramènent à un seul postulat : le droit à l’initiative.
Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. Que ce que je veux, c’est que marxisme et communisme soient mis au service des peuples noirs, et non les peuples noirs au service du marxisme et du communisme. Que la doctrine et le mouvement soient faits pour les hommes, non les hommes pour la doctrine ou pour le mouvement. Et bien entendu cela n’est pas valable pour les seuls communistes. Et si j’étais chrétien ou musulman, je dirais la même chose. Qu’aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous. Cela a l’air d’aller de soi. Et pourtant dans les faits cela ne va pas de soi.
Et c’est ici une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l’extrême droite à l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester ce droit à l’initiative dont je parlais tout à l’heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité.
C’est sans doute là l’essentiel de l’affaire.
Il existe un communisme chinois. Sans très bien le connaître, j’ai à son égard un préjugé des plus favorables. Et j’attends de lui qu’il ne verse pas dans les monstrueuses erreurs qui ont défiguré le communisme européen. Mais il m’intéresserait aussi et plus encore, de voir éclore et s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles, précieuses, originales et nos vieilles sagesses nuanceraient, j’en suis sûr, ou compléteraient bien des points de la doctrine.
Mais je dis qu’il n’y aura jamais de variante africaine, ou malgache, ou antillaise du communisme, parce que le communisme français trouve plus commode de nous imposer la sienne. Qu’il n’y aura jamais de communisme africain, malgache ou antillais, parce que le Parti Communiste Français pense ses devoirs envers les peuples coloniaux en termes de magistère à exercer, et que l’anticolonialisme même des communistes français porte encore les stigmates de ce colonialisme qu’il combat. Ou encore, ce qui revient au même, qu’il n’y aura pas de communisme propre à chacun des pays coloniaux qui dépendent de la France, tant que les bureaux de la rue Saint- Georges, les bureaux de la section coloniale du Parti Communiste Français, ce parfait pendant du Ministère de la rue Oudinot, persisteront à penser à nos pays comme à terres de missions ou pays sous mandat. Pour revenir à notre propos, l’époque que nous vivons est sous le signe d’un double échec : l’un évident, depuis longtemps, celui du capitalisme. Mais aussi l’autre, celui, effroyable, de ce que pendant trop longtemps nous avons pris pour du socialisme ce qui n’était que du stalinisme. Le résultat est qu’à l’heure actuelle le monde est dans l’impasse.
Cela ne peut signifier qu’une chose : non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. Celles qui ont mené à l’imposture, à la tyrannie, au crime.
C’est assez dire que pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux combinaisons des autres. Aux rafistolages de consciences ou a la casuistique des autres.
L’heure de nous mêmes a sonné.
Et ce que je viens de dire des nègres n’est pas valable que pour les nègres. Oui tout peut encore être sauvé, tout, même le pseudo socialisme installé çà et là en Europe par Staline, à condition que l’initiative soit rendue aux peuples qui jusqu’id n’ont fait que la subir ; à condition que le pouvoir descende et s’enracine dans le peuple, et je ne cache pas que la fermentation qui se produit à l’heure actuelle en Pologne, par exemple, me remplit de joie et d’espoir.
Ici que l’on me permette de penser plus particulièrement à mon malheureux pays : la Martinique.
J’y pense pour constater que le Parti Communiste Français est dans l’incapacité absolue de lui offrir une quelconque perspective qui soit autre chose qu’utopique ; que le Parti Communiste Français ne s’est jamais soucié de lui en offrir ; qu’il n’a jamais pensé à nous qu’en fonction d’une stratégie mondiale au demeurant déroutante.
J’y pense pour constater que le communisme a achevé de lui passer autour du cou le noeud coulant de l’assimilation ; que le communisme a achevé de l’isoler dans le bassin caraïbe ; qu’il a achevé de le plonger dans une manière de ghetto insulaire ; qu’il a achevé de le couper des autres pays antillais dont l’expérience pourrait lui être à la fois instructive et fructueuse (car ils ont les mêmes problèmes que nous et leur évolution démocratique est impétueuse) : que le communisme enfin, a achevé de nous couper de l’Afrique Noire dont l’évolution se dessine désormais à contre-sens de la nôtre. Et pourtant cette Afrique Noire, la mère de notre culture et de notre civilisation antillaise, c’est d’elle que j’attends la régénération des Antilles, pas de l’Europe qui ne peut que parfaire notre aliénation, mais de l’Afrique qui seule peut revitaliser, repersonnaliser les Antilles.
Je sais bien. On nous offre en échange la solidarité avec le peuple français ; avec le prolétariat français, et à travers le communisme, avec les prolétariats mondiaux. Je ne nie pas ces réalités. Mais je ne veux pas ériger ces solidarités en métaphysique. Il n’y a pas d’alliés de droit divin. Il y a des alliés que nous impose le lieu, le moment et la nature des choses. Et si l’alliance avec le prolétariat français est exclusive, si elle tend à nous faire oublier ou contrarier d’autres alliances nécessaires et naturelles, légitimes et fécondantes, si le communisme saccage nos amitiés les plus vivifiantes, celle qui nous unit à l’Afrique, alors je dis que le communisme nous a rendu un bien mauvais service en nous faisant troquer la Fraternité vivante contre ce qui risque d’apparaître comme la plus froide des abstractions. Je préviens une objection. Provincialisme ? Non pas. Je ne m’enterre pas dans un particularisme étroit. Mais je ne veux pas non plus me perdre dans un universalisme décharné.
Il y a deux manières de se perde : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’ « universel ».
Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers. Alors ? Alors il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent. En bref, nous considérons désormais comme notre devoir de conjuguer nos efforts à ceux de tous les hommes épris de justice et de vérité pour bâtir des organisations susceptibles d’aider de manière probe et efficace les peuples noirs dans leur lutte pour aujourd’hui et pour demain : lutte pour la justice ; lutte pour la culture ; lutte pour la dignité et la liberté ; des organisations capables en un mot de les préparer dans tous les domaines à assumer de manière autonome les lourdes responsabilités que l’histoire en ce moment même fait peser si lourdement sur leurs épaules.
Dans ces conditions, je vous prie de recevoir ma démission de membre du Parti Communiste Français.
Aimé Césaire, Paris, le 24 octobre 1956
15:29 Publié dans le bloc-notes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
CESAIRE N'EST PLUS
Les cérémonies des obsèques nationales d'Aimé Césaire, décédé jeudi à l’âge de 94 ans, ont lieu dimanche en Martinique, son île natale, en présence de personnalités françaises et étrangères. Le président Nicolas Sarkozy a prévu de s’y rendre afin d’honorer "la mémoire d'un grand poète", d'un esprit "libre et indépendant" et de l'un des pères, avec Léopold Sedar Senghor, du concept de "négritude". "Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l'éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés", a poursuivi le chef d’Etat français. Nicolas Sarkozy salue également sa longue carrière politique, en tant que maire de Fort-de France (1945-2001) et député (1946-1993). "Il restera pour nous tous l'une des figures les plus emblématiques de la classe politique de l'outre-mer", a-t-il dit.
En 2005, Aimé Césaire avait pourtant refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, en raison de la colère suscitée par l’article de loi reconnaissant le "rôle positif" de la colonisation.
Les deux hommes se rencontreront finalement l’année suivante. Césaire lui offrira son célèbre "Discours sur le colonialisme" de 1950.
"Pour l’Afrique, un phare vient de s'éteindre"
Les hommages du père de la "négritude" se succèdent également en Afrique.
"C'est une catastrophe non seulement pour la Martinique, les Caraïbes, la France mais particulièrement pour l'Afrique et le monde noir", a déclaré le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui a rencontré Césaire en 1956, à Paris.
Pour Abdoulaye Wade, Césaire a permis de prendre conscience du colonialisme. "Nous le récitions par coeur", a-t-il lancé. Le président sénégalais ne pourra pas se rendre aux obsèques mais enverra une délégation.
Pour sa part, Laurent Gbagbo, le président ivoirien, salue "avec le plus profond respect la mémoire de l'illustre poète et du grand homme politique français". Et de poursuivre : "Pour l'Afrique, le monde noir, la francophonie et notre humanité, un phare vient de s'éteindre".
De son côté, le Secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, souligne "la noblesse de sa lutte car elle était exempte de cette haine qu’il avait en horreur".
Césaire, l’homme politique, n’a jamais délaissé son amour de toujours, la littérature. Les écrivains pleurent aussi sa mort, à l’instar de Frankétienne, un des plus grands écrivains haïtiens. "Nous avons perdu le père, l'ami, le frère, le poète. Un visa pour l'Eternité à ce grand maître de la parole", a-t-il déclaré.
Souvent admiré, parfois critiqué notamment par la plus jeune génération caribéenne, Aimé Césaire n’a jamais Ã


